U-1024 La dernière capture



- La capture de l'U-1024 est tout aussi remarquable que l'incident de l'U-110, mais le butin est instantanément dévalué quatre semaines plus tard, à la fin de la guerre.

- En Juillet 1943, les forces aériennes alliées lancent une attaque dévastatrice sur la ville de Hambourg, visant leurs bombes sur les quartiers résidentiels où elles tuent en quelques semaines autant de femmes, d'enfants et de personnes âgées que la Grande-Bretagne en a perdu pendant toute la guerre. Plus de 100 000 autres personnes sont gravement blessées et un nombre inimaginable se retrouvent sans abri, perdant tous leurs biens. Quelques semaines seulement avant ces événements, la quille de l'U-1024 est posée chez Blohm und Voss à Hambourg et, peu après, la plupart de ses membres d'équipage commencent leur entraînement à la navigation sous-marine. Cependant, malgré les dégâts causés à la ville, l'U-1024 est achevé en un temps record, et mis à l'eau avec 30 jours d'avance sur les bateaux construits avant cette terrible attaque.

- Le commandant de l'U-1024, le Kapitänleutnant Hans-Joachim Gutteck, est un officier de réserve qui a servi dans des unités d'artillerie lourde terrestre jusqu'en 1943, date à laquelle il est incorporé dans les Sperrbrecher. Il commence sa formation de sous-marinier environ quatre mois après la pose de la quille de l'U-1024. Bien qu'il ne se trouve pas à Hambourg au moment de l'attaque terroriste, le nuage de destruction qui plane sur la ville obscurcit le soleil le long de la côte baltique, à une centaine de kilomètres de là, où il fait ses premiers pas pour devenir sous-marinier. On ne peut guère le considérer comme un commandant expérimenté, et pourtant, il fait preuve d'un grand courage, d'une détermination sans faille et d'une grande habileté, parvenant à sortir son sous-marin de situations périlleuses qui auraient mis à rude épreuve même les as les plus aguerris.

- L'U-1024 quitte Kiel pour la Norvège le 30 Décembre 1944. Quelques travaux de finition indispensables sont ensuite effectués à Horten et des essais de marche au Schnorchel sont réalisés dans le fjord norvégien, si bien que ce n'est qu'au début du mois de Mars 1945 que le sous-marin part pour sa première et unique mission opérationnelle en mer d'Irlande. Le Schnorchel est un tube respiratoire articulé permettant de faire fonctionner les moteurs diesel sous la surface de l'eau. Bien que plusieurs auteurs aient récemment salué cette invention comme fantastique pour reprendre pied dans la guerre des convois, en réalité, ce dispositif ne fait que faire la différence entre une mort rapide et une survie pénible et misérable. La marche au Schnorchel réduit la vitesse maximale à environ cinq nœuds et la progression est souvent considérablement plus lente, ce qui signifie qu'il est impossible de l'utiliser pour poursuivre un convoi. Au mieux, l'U-1024 ne peut parcourir qu'environ 150 km par jour, il lui faut donc un certain temps avant d'atteindre sa zone d'opération en mer d'Irlande. Le système de respiration fuit fréquemment, laissant entrer du monoxyde de carbone toxique dans le bateau. La situation est parfois si grave que certains bateaux sont contraints de faire surface afin d'éviter que tout le monde ne soit asphyxié. Le seul avantage que l'U-1024 trouve en mer d'Irlande est une surface lisse comme un miroir, permettant de recharger les batteries sans que les vagues ne viennent recouvrir le clapet de tête de Schnorchel et couper ainsi l'alimentation en air. Cela crée une différence de pression atmosphérique si inconfortable que certains hommes subissent des lésions permanentes au tympan.

- L'attaque de deux cargos entre Anglesey et l'île de Man est très désavantageuse pour Gutteck, car elle confirme sans équivoque la présence d'un U-Boot. Cependant, évoluant dans des eaux relativement peu profondes et encombrées de débris au fond marin, ses chasseurs sont fréquemment attirés par d'anciennes épaves et commencent à lancer des charges de profondeur au lieu de s'attaquer à l'U-1024. Malgré son manque d'expérience, Gutteck le compense par sa détermination et progresse sans relâche vers les convois. Naviguer de nuit au Schnorchel, sans faire surface, présente l'inconvénient majeur de désorienter facilement les navigateurs, moins susceptibles de remarquer les opportunités de visée sur les étoiles. L'U-1024 a l'avantage d'obtenir d'excellents relèvements sur plusieurs feux le long de la côte irlandaise avant de lancer une offensive, mais peu après, un épais brouillard réduit la visibilité à moins de 500 mètres, provoquant une détérioration dramatique de la situation.

- Le fait qu'il n'y ait plus de veilleurs au sommet du massif n'entrave pas le processus de recherche de l'ennemi. Au contraire, l'U-1024 utilise un équipement de détection sonore sensible et sophistiqué qui permet presque toujours d'entendre les bruits à des distances bien plus grandes que celles auxquelles ils peuvent être vus depuis la passerelle. Le principal problème est que le nombre et la détermination des chasseurs rendent désormais impraticable la remontée à la surface pour effectuer des manœuvres rapides devant les navires marchands qui peuvent être détectés. Au lieu de cela, l'U-1024 doit se déplacer lentement, en s'appuyant principalement sur les performances insuffisantes de ses moteurs électriques. Une multitude de bruits confus finit par démoraliser l'équipage. Incapables d'en voir la cause, les hommes sont à la merci d'un orchestre sauvage de sons terrifiants provenant de divers moteurs, hélices et Asdic, qui contribuent tous à créer une séquence de réverbérations effrayantes auxquelles il est impossible d'échapper.

- Dans le zentral, les hommes vivent des situations périlleuses dont ils n'ont quasiment pas été informés. Incapable de se reposer longuement, Gutteck doit prendre des décisions rapides pour sortir son bateau d'un pétrin après l'autre. Pourtant, il parvient à s'échapper à plusieurs reprises, laissant son chasseur déchaîner sa fureur sur des épaves ou des rochers dans les eaux peu profondes. Il a même la chance de pouvoir relever son Schnorchel à plusieurs reprises pour aérer l'intérieur et, à d'autres moments, faire tourner le moteur diesel pendant de courtes périodes pour recharger les batteries. Cependant, un autre inconvénient de cette technique est que le bruit des moteurs diesel rend le système de détection acoustique inopérant et qu'il faut couper les moteurs à intervalles réguliers pour vérifier qu'aucun ennemi ne s'approche. Une antenne de détection radar est installée sur le dessus du Schnorchel, mais elle ne fonctionne que tant que l'ennemi utilise ses appareils électroniques. Il est impossible de détecter les avions ou les navires approchant avec leur radar désactivé. Bien sûr, les deux périscopes sont également levés, mais il est sans doute trop tard avant que quoi que ce soit ne soit aperçu dans l'obscurité de la nuit.

- Les esquives incessantes pour éviter les navires qui approchent, les coups secs et les grincements, les détonations assourdissantes, rendent ces quelques jours éprouvants. L'eau est si peu profonde que même les obus des mortiers anti-sous-marins, conçus pour exploser uniquement au contact, touchent le fond et explosent dans un fracas assourdissant. Bien que non mortel, le bruit met les nerfs des hommes confinés dans leur coque exiguë à vif. Finalement, la fin survient rapidement, suite à une détonation bien placée. Les lumières s'éteignent, les machines sont arrachées des parois, les hommes sont étourdis et l'eau commence à s'engouffrer dans le compartiment diesel si rapidement que même les portes étanches ne peuvent être ouvertes un instant pour constater les dégâts. Les hommes sont impuissants. Le sous-marin est hors de contrôle. Gutteck donne l'ordre de se préparer à l'évacuation et l'U-1024 fait surface sous une pluie de balles. En grimpant sur le pont, Gutteck voit l'un de ses hommes abattu. Les archives allemandes indiquent qu'il est tué par des tirs ennemis, tandis que les archives britanniques affirment qu'il sort un pistolet de sa veste et se suicide. Quelle que soit la vérité, il meure, laissant ses hommes dans une confusion totale, contraints de faire au mieux ce qui peut être leurs derniers instants sur terre.

- La frégate H.M.S. Loch Glendhu (Lt-Cdr E. G. P. B. Knapton), chargée de faire remonter l'U-Boot à la surface, ouvre immédiatement le feu dès qu'il apparaît au-dessus des vagues, mais il devient rapidement évident que les hommes qui titubent sur le pont supérieur sont à bout de forces et incapables de riposter. La frégate Loch More (Lt-Cdr R. A. D. Cambridge) s'approche et dépêche son équipe d'abordage. Les secrets contenus à l'intérieur sont rapidement et systématiquement retirés, tandis que d'autres hommes attachent un câble dans le but de remorquer l'U-Boot jusqu'au port. Malheureusement pour la Royal Navy, la partie arrière est trop remplie d'eau, ce qui finit par entraîner l'U-1024 dans les profondeurs de la mer d'Irlande. Le butin de documents secrets est aussi impressionnant que celui capturé sur l'U-110, mais d'une utilité limitée. La guerre en Europe prend fin moins de quatre semaines plus tard et, peu après, les Britanniques se retrouvent avec plus de U-Boote qui se rendent qu'ils ne savent quoi en faire.

Glossaire
Source : ENIGMA U-BOATS Breaking the Code (avec mes propres corrections).

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