H.M.S. "Seal"
L'Histoire
- Avril laisse place à Mai, mois
durant lequel le sous-marin mouilleur de mines Seal change
d'allégeance à contrecœur. Construit à
Chatham, le Seal est mis en service en Février
1939, sixième et dernier exemplaire de la classe
Porpoise. Conçu pour mouiller jusqu'à
cinquante mines par l'arrière, ses huit tubes
lance-torpilles de 53 cm le rendent dangereux pour un ennemi qui
a le malheur de croiser son étrave. Le commandement du
nouveau mouilleur de mines est confié au
Lieutenant-Commander R.P. Lonsdale, veuf depuis environ deux ans
et père d'un jeune fils. Lonsdale, bien loin de l'image
publique d'un commandant de sous-marin, est un officier calme et
sympathique qui dirige son sous-marin avec efficacité et
un minimum d'agitation.
- Le Seal se trouve à Aden, en route vers la base
de Chine, lorsque les hostilités éclatent en
Europe. Ses ordres sont immédiatement annulés et il
reçoit l'ordre de rentrer au pays. Le Seal est
rapidement lancé au combat et, après plusieurs
patrouilles, il appareille d'Immingham le 02 Avril pour mouiller
des mines dans le Kattegat. Aux premières heures du 04
Mai, le Seal contourne le Skaw et entre dans le Kattegat. Peu
après, il rencontre le mouilleur de mines Narwahl,
de retour d'une expédition similaire. La rencontre
suivante du Seal est tout sauf amicale. Lonsdale se trouve
en semi-immersion de sorte que seul le massif est visible ;
malgré cela, juste avant l'aube, un avion allemand
l'aperçoit et se met en piquet pour l'attaquer. Le
Seal plonge précipitamment.
- Le sous-marin tremble sous la force des bombes qui explosent.
Certaines lumières s'éteignent. Heureusement, les
dégâts ne sont pas graves, mais la présence
de Seal est désormais connue de l'ennemi. Les
Allemands ne tardent pas à réagir : le Seal
rencontre bientôt un groupe de chalutiers A/S, dont le
comportement fait croire à Lonsdale qu'ils l'attendent. Ce
n'est pas vraiment une surprise. Ce qui est inquiétant,
c'est que les chalutiers se trouvent directement sur le chemin de
la zone prioritaire de Lonsdale pour le mouillage de mines. Comme
les eaux ne sont pas assez profondes pour qu'il puisse passer
sous les chalutiers sans se faire repérer, il
décide de poser ses mines dans une autre zone.
- À 09h00, la pose commence,
même si des chalutiers A/S se trouvent à
proximité. À 09h45, Lonsdale est prêt
à dégager la zone. Mais c'est plus facile à
dire qu'à faire. Les Allemands prennent des mesures
strictes pour empêcher le Seal de quitter le
Kattegat. Vers 15h00, un autre groupe de bâtiments A/S se
joint à la chasse. Les deux groupes commencent à
réduire la zone d'évasion du Seal. Au fil
des heures, Lonsdale manœuvre habilement le Seal
pour l'éloigner de l'ennemi. C'est alors que toute
l'opération prend fin brusquement. Vers 19h00, une
violente explosion secoue le sous-marin. Le Seal s'est
égaré dans un champ de mines et a touché une
mine avec son arrière. Les oreilles bourdonnantes à
cause de l'explosion assourdissante, l'équipage s'empresse
d'effectuer une alerte d'urgence tandis que le Seal touche
le fond et enfonce sa poupe dans la boue du Kattegat. Lorsque les
Allemands, qui sont dans les parages depuis le début de la
journée, ne font pas leur apparition, Lonsdale se demande
comment le Seal a pu s'éloigner suffisamment de la
zone pour ne pas entendre d'explosion.
- Le Seal a plongé depuis que l'attaque à la
bombe l' forcé à plonger à 02h30. Lonsdale
propose de tenter une remontée à la surface
à 22h30. Au fur et à mesure que les heures avant la
tombée de la nuit s'écoulent, l'air dans le
sous-marin devient de plus en plus vicié. La confiance de
l'équipage en Lonsdale est telle qu'à aucun moment
il n'a cessé de penser que « le capitaine nous
mènera à bon port ».
« Préparez-vous à faire surface.»
L'air à haute pression chasse l'eau des ballasts
principaux.
« En avant demi.» L'avant du Seal commence à
se soulever.
« En avant toute.» L'avant s'élève,
mais l'arrière reste fermement enfoncé dans la
vase.
« Arrêtez de souffler.» Bien qu'il le sente,
Lonsdale ne montre aucune déception face à
l'absence de réaction positive de Seal.
« Arrêtez les moteurs principaux.» L'avant du
Seal se relève lentement. L'air devenant de plus en plus
vicié, Lonsdale sait qu'il ne peut pas tarder à
tenter une seconde fois de faire surface ; l'équipage
ressent les effets marqués de l'air appauvri en
oxygène.
- En plus de ses ballasts principaux, le Seal
possède, comme tous les sous-marins, plusieurs
réservoirs d'équilibrage. Presque tous ces
réservoirs sont vides. Les travaux visant à
éliminer jusqu'à la dernière goutte d'eau du
système d'équilibrage sont en cours. Certains
réservoirs de carburant et d'eau douce sont
également vidés. En guise d'ultime étape
dans cette sinistre lutte pour la vie ou la mort, Lonsdale
ordonne que la quille 'largable' (1) de 11 tonnes du Seal
soit dégagée. Cette dernière mesure n'est
prise que dans les moments de grand désespoir, car sans sa
quille 'largable', il est presque impossible pour un sous-marin
de plonger.
« Préparez-vous à faire surface.» La
procédure de remontée est
répétée.
- Si le Seal ne parvient pas à faire surface cette
fois-ci, il est fort probable qu'elle n'y parviendra jamais. La
tentative est une répétition de l'échec
précédent, sauf que l'effort les a laissés
dans un état pire qu'avant, car il y a maintenant
très peu d'air HP disponible. De plus, les batteries du
Seal ont été considérablement
affaiblies. Cela ressemble fort à la fin. C'est alors que
l'officier mécanicien se souvient qu'il y a deux
très petits réservoirs de réserve encore
remplis. Ces réservoirs sont si petits que, dans des
circonstances normales, ils sont maintenus remplis car ils sont
trop minuscules pour affecter la flottabilité du
Seal d'une manière ou d'une autre. Les deux
réservoirs sont ensuite vidés, mais comme
prévu, leur vidange n'a fait aucune différence.
Tout ce qu'ils peuvent imaginer pour améliorer la
situation a été fait. Il ne reste plus qu'à
prier.
- Le Lieutenant-Commander Lonsdale est un homme aux convictions
religieuses profondes. Sa religion lui est une source de
réconfort et de force. Dans un moment de grande
détresse, Lonsdale se tourne vers sa religion pour obtenir
de l'aide. Il exprime le souhait de réciter une
prière. Ceux qui se trouvent dans la salle de
contrôle (2) font un effort pour se lever, mais même
cela est au-dessus des forces de certains.
- Lonsdale décide de tenter une dernière fois de
dégager le Seal de la vase du Kattegat. Pour cela,
il demande à quiconque en a la force de se déplacer
le plus loin possible vers l'avant du sous-marin. L'espoir,
plutôt vain, est que l'avancée, aussi petite
soit-elle, puisse suffire à faire pencher la balance en
leur faveur et à dégager la poupe du Seal de
la vase. La remontée de la pente raide vers la proue exige
un effort physique et une volonté considérables de
la part de ceux qui obéissent aux ordres de Lonsdale.
Lorsque tout est prêt, Lonsdale ordonne au sous-marin de
faire surface.
- Le Seal fait surface à 01h30, vingt-trois heures
après avoir plongé.
- Les moteurs hurlants et vrombissants, le sous-marin,
secoué si violemment qu'on craint qu'il ne se brise,
s'arrache du fond de la mer. Après s'être lentement
stabilisé, le Seal remonte doucement jusqu'à
la surface. Lonsdale est le premier à passer par le
panneau. Il y a des signes d'une aube en approche. Au loin, on
aperçoit les lumières de la Suède neutre.
Lonsdale a l'intention de faire route vers la Suède, mais
il n'est pas du tout certain que le sous-marin atteindra la
Suède même s'il n'est pas dérangé par
l'ennemi. L'arrière du Seal est bien noyé.
Son refus de répondre à la barre, peut-être
en raison d'un gouvernail endommagé, est également
une source d'inquiétude. Comme le Seal fait face au
Danemark tenu par les Allemands, la tentative proposée
pour atteindre la Suède doit se faire en naviguant en
marche arrière.
- La panne de l'un des moteurs met fin à toute
velléité de fuite. La panne du moteur signifie que
le Seal, avec l'utilisation d'une seule hélice, ne
peut que se déplacer en cercle. La Suède est hors
de question. Il n'y a pas d'autre endroit où aller. C'est
alors qu'ils entendent l'avion.
- C'est le Leutnant Mehrens, observateur et capitaine d'un petit
hydravion Arado, qui
repère le Seal. L'Arado décrit un
cercle, puis attaque en tirant des coups de feu. Lonsdale ordonne
à son signaleur (timonier) de faire clignoter quelque
chose, peu importe quoi, avec la lampe. La joie de Mehrens
d'avoir trouvé un ennemi en surface est quelque peu
ébranlée lorsqu'il voit la lumière
clignotante. Pendant un instant, il se demande s'il n'a pas
commis l'erreur d'attaquer un sous-marin suédois. Puis,
ayant manifestement décidé que le sous-marin n'est
ni suédois ni allemand, il largue une bombe. La bombe
manque sa cible, de même qu'une autre bombe de l'attaque
suivante. Ayant dépensé toutes ses bombes et ses
munitions, Mehrens transmet par radio un rapport d'observation.
Il vient de se résigner à garder le Seal
sous observation jusqu'à l'arrivée des
bâtiments de surface, lorsqu'un second Arado
apparaît. Dans une série d'attaques, le nouvel
arrivant mitraille et bombarde le Seal. Les tirs des deux
canons Lewis du Seal, dont l'un est tenu par Lonsdale,
continuent à faire preuve de défiance
jusqu'à ce que les deux canons s'enrayent
définitivement. Des obus de canon ont perforé un
des ballasts. Le Seal prend une forte gîte sur
bâbord. Le seul moteur qui lui reste s'arrête
alors.
- Le Seal se trouve désormais en grande
difficulté : incapable de se déplacer, même
en cercle, il manque également de puissance de feu ; au
cœur d'un territoire hostile, il est attaqué et
incapable de plonger ; des navires de surface ennemis sont sans
aucun doute en route ; il coule lentement. Convaincu qu'il n'y a
aucune issue pour le Seal, tous les livres et autres
documents confidentiels sont détruits. L'équipement
ASDIC top secret est détruit et jeté
par-dessus bord.
- Le Lieutenant-Commander Lonsdale envisage sérieusement
de 'livrer' le sous-marin. Dans les premiers mois de la guerre,
les sous-marins britanniques ne sont pas tous
équipés de charges de sabordage permettant un
naufrage rapide. Dans les fonds de cale du Seal se
trouvent deux charges de profondeur réglées pour
exploser à 15 mètres de profondeur lorsque le
sous-marin est submergé. Lonsdale craint que si le
Seal est coulé avant que son équipage ne
puisse être secouru, il explosera et tuera
l'équipage dans l'eau. D'un autre côté, si le
Seal est laissé en remorque, il coulera, cela ne
fait aucun doute, bien avant qu'il ne soit possible de l'amarrer
ou de l'échouer. Lonsdale décide qu'il ne peut pas
risquer la vie de son équipage. Il doit permettre aux
Allemands de prendre temporairement possession du
Seal.
- Karl Schmidt, observateur et capitaine du second Arado,
est surpris de voir le drapeau blanc, en fait une nappe, de la
reddition flotter depuis le massif du Seal. Les pilotes
savent que si le sous-marin avait pu plonger, il l'aurait
certainement fait depuis longtemps. Il semble que le sous-marin
va vraiment se rendre. Schmidt ordonne à son pilote de se
poser près du Seal.
- Où est le commandant ? Schmidt interpelle les
personnes qui se trouvent sur la plage avant du Seal.
Après s'être identifié comme commandant,
Lonsdale reçoit l'ordre de nager jusqu'à
l'Arado. Le jeune aviateur saisit la main de Lonsdale et
le sort de l'eau. "Bonjour", s'exclame Lonsdale dans ce
qui, de son point de vue, doit être l'euphémisme de
l'année. Il se lance ensuite dans une mascarade en
expliquant que le Seal se trouve dans les eaux
territoriales suédoises. Bien entendu, Karl Schmidt ne
veut pas en entendre parler. Lonsdale est embarqué dans le
cockpit de l'Arado et emmené en
captivité.
- À 06h30, un ancien chalutier de pêche, une
unité de la marine allemande, arrive sur les lieux. Son
premier lieutenant, Heinz Nolte, monte à bord du
Seal avec un groupe de matelots. Accompagné du
lieutenant (E) Clarke, l'Allemand procède à une
inspection du Seal pendant que son équipage est
transféré sur le chalutier. Une remorque est
ensuite passée au Seal et, par un temps de
remorquage parfait, le voyage vers le
port danois de Frederikshavn commence
. Le
Seal est tellement enfoncé à
l'arrière et a pris une gîte si prononcée
à bâbord que son équipage pense qu'il ne
pourra pas rester à flot assez longtemps pour atteindre le
port. Mais en fin d'après-midi, le Seal
déjoue les pronostics et se trouve en
sécurité dans le port pour être remis en
état en vue du voyage vers la patrie. Le 11 Mai, le
Seal est en Allemagne. Au début de l'année
1941, il est mis en service dans la marine allemande. Les
Allemands considèrent que le Seal est
inférieur à leurs propres sous-marins et, sans sa
valeur de propagande, il aurait été
démantelé sans cérémonie. Des efforts
considérables sont déployés pour rendre le
Seal opérationnel, mais cela n'a jamais
été le cas. À la mi-1943, il est
considéré comme inutile. Dépouillé de
tout ce qui a de la valeur, le Seal est laissé
à rouiller dans l'arsenal de Kiel.
Le Seal sous pavillon avec une Svastika
Le Seal devenu UB
- Portsmouth, Avril 1946. Le
Lieutenant-Commander Rupert Lonsdale comparaît devant une
cour martiale pour la perte de son commandement. À la fin
de la procédure, Lonsdale est honorablement
acquitté de tous les chefs d'accusation. Peu après,
il démissionne de son poste et entre dans l'Église
pour devenir le révérend R.P. Lonsdale.
Notes :
1) Plombs de sécurité sur les sous-marins
Français. Ils sont clavetés en temps de
guerre.
2) Le central sur les sous-marins Français.
Libre traduction par l'auteur du site des pages de l'ouvrage
BENEATH THE WAVES A History of HM Submarine Losses
1904-1971.
Glossaire
Sources : BENEATH THE WAVES A History of HM Submarine Losses
1904-1971 de A.S. EVANS chez Periscope Publishing Ltd.